Émile Prout vulgarise la science


Aujourd'hui : le hasard


Le hasard est le principe déclencheur d'événements non liés à une cause connue.

Il foisonne dans la vie de chacun. «Tout ce qui nous arrive survient par hasard». C'est la science qui l'affirme. Mais bon, pas tout quand même, parfois c'est délibéré. Quand, par exemple, Bernard-Henri se fait entarter, le hasard n'y est pour rien, c'est bien lui qui est visé, ce n'est pas une tarte perdue. Mais le destin n'existe pas. Rien n'est écrit. Tout se construit. Et heureusement d'ailleurs, sinon il n'y aurait pas de libre arbitre. Et on serait bien emmerdés sur les terrains de foot car il n'y aurait personne pour siffler les penaltys. Mais non. Il n'y a pas de fatalité. Exit au passage les «Jamais deux sans trois», «Un malheur n'arrive jamais seul», les «loi des séries», «loi de Murphy» qui ne sont que mythes, bêtises, superstitions, sornettes, plaisanteries, sottises, absurdités, billevesées, balivernes, calembredaines, fadaises, fariboles... Des conneries quoi !

Pourtant certains ne voient pas les choses de cette façon. Une grosse brêle inconnue et qui a bien raison de l'être, a dit : «Je ne crois pas au hasard». Ce qui est aussi absurde que d'affirmer : «Je ne crois pas à la choucroute garnie». Il n'y a pas à y croire ou pas, andouille, puisque ça existe. On peut aimer ou pas, c'est tout. Et puis il y a le génial Paulo Coelho qui a écrit sans rire «Rien dans ce monde n'arrive par hasard» car il s'y connaît vachement en déterminisme. Il eut cependant raison au moins une fois : le jour où la critique de son dernier livre par Jérôme Garcin est arrivée. Pas par hasard, effectivement, mais suite à la lecture du dit-livre : «Nom de Dieu, je n'ai jamais lu un livre aussi bête, aussi arrogant et pontifiant dans la bêtise que celui de ce bonimenteur qui nous inflige depuis des années ses romans de gourou véreux».

Il est dit que «Le hasard fait bien les choses». Qu'en est-il au juste? Eh bien il semble que oui, parfois. Surtout quand un drame est évité de justesse, comme en ce jour d'hiver où, attablé dans un bar devant le journal, mon lourd blouson de cuir suspendu au dossier de ma chaise, je voulus aller au comptoir commander un autre café. A peine levé, ma chaise bascula en arrière. «Vains dieux», pensai-je in petto, «il était grand temps que je me lève !».

Il y eut aussi ce jour d'été où j'ai rencontré, par le plus grand des hasards (nous sommes tout de même 7 milliards sur la Terre), la plus belle fille du monde qui, d'après Vox Populi, «ne peut donner que ce qu'elle a». Et c'est exactement ce qu'elle fit. Hélas, elle n'avait rien sur elle, rien qu'un billet de 5 euros. Désillusion. Mais le lendemain, je l'ai retrouvée sur la plage. Et là, elle n'avait rien sur elle, rien qu'un ruban dans les cheveux... Jubilation. Hosanna ! Alléluia ! Sont chouettes ces proverbes. Et puis il y a Archimède. Son hygiène douteuse lui valut l'élégant sobriquet de «Archimerde». Mais un jour le hasard, toujours lui, voulut qu'il prît un bain et bien lui en prit car, le bain pris, il comprit, un brin ébahi, que tout corps plongé dans l'eau subit un lavage. Tout à sa joie, il poussa alors son «Eureka». Cette poussée d'Archimède devint célèbre, tant et si bien qu'aujourd'hui encore quiconque trouve solution à un problème pousse un «Eureka».

Et Newton alors ? Il a découvert la loi de la gravitation parce qu'une pomme lui est tombée sur la tête. Une pomme heureusement. C'eut été un parpaing, la science aurait pu aller se brosser. Le hasard, toujours le hasard. Et comme disait Coluche à propos de je ne sais trop quel gland, «Si le hasard fait bien les choses, lui, il a pas dû être fait par hasard».

Hélas le hasard ne fait pas toujours bien les choses. C'est en effet par hasard qu'Alfred Nobel inventa la dynamite. Dynamite qui brisa bien des vies. C'est aussi par hasard que Edouard Michelin créa le lance-pierre. Lance-pierre qui brisa bien des vitres. Et c'est encore par hasard que Patrick Bruel devint chanteur. Chanteur qui brisa bien des couilles. Mais on ne peut pas lui en vouloir, au hasard, il n'a pas de mauvaises intentions, pas plus que de bonnes d'ailleurs, simplement il n'a pas d'intention du tout. Je crois même que c'est pour ça qu'on l'appelle le hasard. Par contre il a des états d'âme. Si c'est par un heureux hasard que les choses sont bien faites, parfois le hasard est triste.

Il existe aussi des jeux de hasard. Des jeux de hasard pur, souvent destinés aux enfants et des jeux de hasard et d'argent toujours destinés aux crétins. Il faut en effet être extrêmement crétin pour accepter de jouer à un jeu dans lequel une partie des mises n'est pas redistribuée. Autant jouer à pile ou face avec une pièce d'un euro sachant que le gain ne sera que de 60 centimes. Mais malgré tout il y a des gagnants. Et comme je suis un peu voyant, je vais vous révéler le nom du grand gagnant du loto de la semaine prochaine. Tenez vous-bien, c'est un scoop, il s'agit de... suspens, suspens... de... de la Française des Jeux. Dame oui ! Comme toutes les semaines depuis 1976. Mais ne jetons pas l'anathème sur les crétins. C'est quand même grâce à eux que les casinos, le PMU et, bien sûr, la Française des Jeux se portent si bien.

Nous avons croisé le plus grand des hasards. Mais quid du plus petit ? S'il est moins connu, il est en revanche beaucoup plus fréquent. Hier encore, c'est par le plus petit des hasards qu'en revenant de la boulangerie j'ai rencontré ma voisine d'en face qui sortait ses poubelles.

Si son existence est patente, le hasard est perçu différemment selon les convictions. Les croyants, pour qui Dieu est partout, mettent du Dieu dans le hasard. «Ce que nous appelons hasard c'est peut-être la logique de Dieu» (Bernanos). «Le hasard, c'est Dieu qui se promène incognito» (Einstein). Les non-croyants, eux, mettent du hasard dans Dieu. «La seule divinité raisonnable, le hasard» (Camus). «En tuant le hasard on ne ressuscite pas Dieu» (Jean Rostand). Mais Dieu, il y en a qui en ont besoin, et c'est pourquoi, comme ne l'a jamais dit Jacques Monod, il n'a pas été inventé par hasard mais par nécessité. En revanche il a vraiment dit : «L'homme est perdu dans l'immensité indifférente de l'Univers, d'où il a émergé par hasard».

Le hasard est un arbre dont l'aléa est le fruit. Hélas, le fruit du hasard n'est pas toujours comestible.